Bon, je vais quand même rapidement raconter le week-end :

On part à 8 : les colocs (Julia, Mélissa et Mickaël), les glouglous (Romain et Clément), Maëlle une collègue de l'IRD et Florence, une collègue de Mélissa.

Arrivée à Ouvéa, du pouce jusqu'à Hwadrilla. On plante notre tente chez Sera. lendemain, départ dans le Nord en pouce (en stop quoi), passage par le trou aux tortues, puis direction la passe aux requins...malheureusement on en n'a pas vu vraiment (1 de loin...). Retour comme on peut à Hwadrilla (beaucoup de marche et finalement en pouce).

Nouvelle nuit à Hwadrilla. Lendemain matin commémoration des 20 ans à Hwadrilla en tant que membres de la tribu : ça fait bizarre!!! Puis départ dans le Sud : cette fois, direction Mouli. Là encore énormément de marche...en tongs ça casse les pattes!! Finalement on arrive au compte goutte au camping du pont de Mouli (4 voitures différentes nous ont emmené). Aprem farniente sur une plage du pont de Mouli, PMT pour certains.

Le lendemain, Julia, Mélissa, Mick et Florence font leur baptême de plongée tandis que nous autres allons aux falaises de Lékin, un endroit magique...Le soir retour à Nouméa pour Romain, Maëlle et Clément. Après une nuit à Hwadrilla, c'est Julia, Mélissa et Florence qui rentrent.

Avec Mickaël nous sommes restés ce lundi 5 Mai pour aller à la tribu de Gossanah voir les commémorations des 20 ans du drame d'Ouvéa, et en apprendre beaucoup sur cet événement Français très peu connu des métropolitains.

Devoir de mémoire, droit de vivre en paix

Dimanche, à Wadrilla, administration française et population kanak ont commémoré, ensemble, les 20 ans des derniers épisodes des Événements.
Hier à Gossanah, l’heure était au souvenir douloureux des 19 « frères » tués à deux pas de là. Toute la journée, les témoignages se sont succédé, appelant à la réconciliation, mais aussi à la poursuite de la « lutte ».

Les larmes n’ont pas de couleur. Ni noires, ni blanches, ni même d’une quelconque couleur politique, elles ont le même goût, salé, âcre, détestable. En acceptant les larmes de l’autre, en acceptant de commémorer ensemble le 20e anniversaire de la plus grande tragédie de l’histoire récente du pays, institutions françaises et coutumières ont écrit une nouvelle page de cette même histoire. Dimanche et hier, les larmes ont tantôt ressurgi, tantôt laissé la place aux rires.
Au 13e jour des commémorations, dimanche matin, la tribu de Wadrilla se réveille avec un culte œcuménique, puis un dépôt de gerbes sur la stèle en hommage aux dix-neuf Kanak tués. Là, « rempli d’émotion », le haut-commissaire Yves Dassonville s’est exprimé : « De ce drame, de ces larmes, sont nés la poignée de mains historique, les accords de Matignon, la paix. [… ] Le destin commun, c’est vous qui en déciderez en toute liberté, voilà la vraie victoire des dix-neuf d’Ouvéa. »
« Je veux dire aux gens d’Ouvéa, a ensuite déclaré le haut-commissaire, que leur île qui a pu paraître comme une terre de malédiction est aujourd’hui une terre de bénédiction. » Une terre où l’on voit Macky Wea et Simon Loueckhote plaisanter ensemble, eux qui hier faisaient la course pour la mairie d’Ouvéa, où gendarmes et habitants mangent du même poisson, du même riz, où les mamans n’en finissent pas d’improviser des pilous, sous les applaudissements et les fous rires de celles et ceux qui sont restés assis sur les nattes. 20 ans après, Wadrilla avait un grand sourire accroché à sa face.

« Il faut que le Kanak veille sur lui-même pour devenir quelqu’un demain »

Le lendemain matin (hier), chefferie de Gossanah. Le lieu est chargé, la date aussi, le ton sera différent. « Vingtième commémoration des dix-neuf combattants de la Kanaky tués par l’armée coloniale française », indique une banderole, à l’entrée. Il y a vingt ans jour pour jour, l’opération Victor rendait tristement célèbre la grotte, à deux pas d’ici - un temps évoquée comme lieu d’accueil des commémorations, la grotte restera finalement fermée, décision des coutumiers.
Coutume d’accueil des différentes délégations, dépôt de gerbes, lever du drapeau « Kanaky », minute de silence, plantation de sapins et de cocotiers et par-dessus tout une émotion palpable, parfois contenue, souvent débordante. Ainsi, quand dix-neuf coups de feu retentissent, les larmes sont bien là, sur toutes les joues. L’émotion est à son comble. Le silence, assourdissant, est ensuite rompu par les multiples prises de parole : représentants du Sénat coutumier, de la province des Îles, de la mairie d’Ouvéa, des églises, de l’Union calédonienne, du Palika, du Parti travailliste, ainsi que des anciens prisonniers, se succèdent au micro. La commémoration se fait entre indépendantistes, alors les discours, les débats vont dans ce sens. La volonté d’une démarche unitaire est dans (presque) toutes les bouches.
Seul, assis à côté de la tombe d’un ancien grand chef et de son porte-parole, le vieux Faissen Touet, premier prisonnier de ces épisodes, écoute, observe, se souvient en silence. Plus loquace, Josue Ihmeling, ancien preneur d’otages, avait 23 ans il y a 20 ans. Il a échappé à la prison, à la mort, mais pas à une balle à l’épaule gauche. Depuis il a « changé ». « C’est grâce à la parole de Dieu, qui m’a aidé à enlever l’esprit d’amertume et de vengeance, la haine ». Son regard est désormais tourné vers l’avenir : « Il faut que le Kanak veille sur lui-même pour devenir quelqu’un demain, dans tous les domaines. » Et cela passe par les jeunes, sa propre fille par exemple, née en 1988 et à qui, tous les ans, il raconte l’histoire. « Ce n’est pas mon histoire, ni même celle d’Ouvéa. C’est l’histoire du pays. »

Les Nouvelles Calédoniennes - Mardi 6 Mai 2008
Il y a vingt ans, l’affaire d’Ouvéa

Ouverte par la mort de quatre gendarmes le 22 avril 1988, et refermée par celle de dix-neuf Kanak et de deux militaires le 5 mai, l’affaire d’Ouvéa marque le paroxysme du temps des « événements ». À la racine de la paix retrouvée, elle a engendré deux événements, l’un heureux et l’autre dramatique : la reprise du dialogue et l’accord de Matignon, mais aussi l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné.

En avril 1988, la Nouvelle-Calédonie en est à sa quatrième année des « événements ». Un mot bien pudique pour qualifier une situation quasi insurrectionnelle. Dans ce pays, à cette époque, on se tue. Plus de soixante morts, de Ouégoa fin 1984 à Ouvéa début 1988. C’est le temps des larmes et des peurs sur fond d’instabilité institutionnelle avec quatre statuts en quatre ans.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’affaire d’Ouvéa. C’est d’abord une attaque et une prise d’otages. Le vendredi 22 avril au matin, un groupe d’une trentaine de membres du comité de lutte FLNKS d’Ouvéa investit la brigade de gendarmerie de Fayaoué. Trois gendarmes sont tués par balles et à la hache, un autre mortellement blessé mourra quelques jours plus tard à Sydney où il a été évacué. Vingt-sept gendarmes sont pris en otages. Onze sont emmenés vers le sud, à Mouli. Ils seront relâchés le lundi matin avec leur armement et leurs véhicules. Les seize autres sont emmenés vers le nord, à Gossanah.
Alors que les renforts débarquent sur Ouvéa, que Chirac se dit « consterné par cette barbarie et cette sauvagerie », que Bernard Pons vient en personne en Nouvelle-Calédonie annoncer que les « terroristes n’ont à attendre aucune faiblesse » de sa part, le FLNKS d’Ouvéa pose comme préalable à la libération des otages le retrait des forces de l’ordre de l’île, l’annulation des élections territoriales et la désignation d’un médiateur pour « discuter d’un véritable référendum d’autodétermination. »
Le 26 avril, 300 hommes participent aux recherches. Les otages sont localisés. Le 27, un otage malade est libéré. Mais ce même jour, alors qu’il entame une négociation sur les lieux mêmes où les otages sont gardés par une quinzaine d’hommes armés, le capitaine Philippe Legorjus, commandant du GIGN, est pris à son tour avec cinq de ses hommes, un gendarme mélanésien et le substitut du procureur Jean Bianconi. Les indépendantistes détiennent alors vingt-trois otages. Vingt-quatre en fait puisqu’ils ont aussi pris un lieutenant du Rimap, ce que le public ignorera jusqu’à la fin.

L’issue est proche. Le jeudi 5 mai, à 6h15, débute l’opération Victor.

Le capitaine Legorjus et le substitut Bianconi, relativement « libres de leurs mouvements » jouent dans les jours suivants le rôle d’émissaires entre les ravisseurs et les autorités. Le 29 avril, le président François Mitterrand demande aux indépendantistes de libérer les gendarmes et appelle les Calédoniens à tenter encore le dialogue. Le 2 mai, Dick Ukeiwé, Jacques Lafleur et Maurice Nénou proposent de prendre la place des gendarmes. Proposition rejetée par le FLNKS. Le 4 mai, le bureau politique du FLNKS rappelle qu’il a « garanti la vie des détenus tant que le gouvernement restait disposé à trouver une issue pacifique » mais que, « dans le cas contraire, le gouvernement prendrait la lourde responsabilité de mettre directement en péril la vie des détenus. »
L’issue est proche en effet. Le jeudi 5 mai, à 6h15, débute l’opération Victor, conduite par une soixantaine d’hommes du GIGN, de l’EPIGN et du 11e Choc commando Hubert. Elle va se dérouler en deux temps. Les militaires du 11e Choc s’assurent d’abord la maîtrise de l’extérieur de la grotte, une sorte de cratère entouré de postes de défense, dont l’un équipé d’une mitrailleuse AA52. Il y faudra quatre heures de combat dans la végétation dense. Puis, ils donnent l’assaut à la grotte elle-même, où se cachaient encore plus d’une quinzaine de ravisseurs, dont quatre déterminés, et où les otages ont dû se protéger et se défendre eux-mêmes grâce à deux pistolets et dix cartouches que le capitaine Legorjus y avait fait entrer en cachette.
Lourd bilan de l’opération Victor : vingt-quatre otages libérés sains et saufs, quatorze preneurs d’otages arrêtés dans la grotte, dix-neuf morts chez les indépendantistes et deux chez les militaires.

Les Nouvelles Calédoniennes - Mardi 6 Mai 2008